{"id":2244,"date":"2014-02-28T23:25:23","date_gmt":"2014-02-28T22:25:23","guid":{"rendered":"http:\/\/ericlaugier.com\/web\/?page_id=2244"},"modified":"2014-02-28T23:25:23","modified_gmt":"2014-02-28T22:25:23","slug":"chapitre-1","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/et-lon-ira-nulle-part-je-te-le-promets-2\/chapitre-1\/","title":{"rendered":"Chapitre 1"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ombre des arbres d\u00e9file de chaque c\u00f4t\u00e9. La lune \u00e9claire la nuit d&rsquo;une lumi\u00e8re bl\u00eame et maladive. Il y a du vent, peut-\u00eatre, car les feuilles mortes volent, tourbillonnent avant de retomber brutalement sur le bitume. Tout est nimb\u00e9 dans une sorte de ouate, asphyxiante.<br \/>\nJe n&rsquo;entends plus rien. A peine les larmes qui glissent sur mes joues. A peine les virages, \u00e0 peine les crissements de pneus qui tentent tant bien que mal d&rsquo;accrocher \u00e0 la route.<br \/>\nDans le flou de mes pupilles, des flashes bleus commencent \u00e0 clignoter. Je souris. J&rsquo;entends le chant des sir\u00e8nes. \u00c7a veut dire que je ne suis plus loin du terminus.<br \/>\nMa t\u00eate commence \u00e0 tourner&#8230; Mon corps aussi&#8230; Les lumi\u00e8res se m\u00e9langent&#8230; Les images d\u00e9filent&#8230; A l&rsquo;envers, \u00e0 l&rsquo;endroit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive parfois qu&rsquo;on ait cette sensation \u00e9trange que les choses ont \u00e9t\u00e9 ce qu&rsquo;elles devaient \u00eatre, m\u00eame si on les refuse telles qu&rsquo;elles sont. Cela arrive bien des ann\u00e9es apr\u00e8s qu&rsquo;elles soient pass\u00e9es. Ce n&rsquo;est pas vraiment que le regard sur elles ait chang\u00e9, ce n&rsquo;est pas non plus parce qu&rsquo;elles prennent un sens diff\u00e9rent du fait que leur temps soit r\u00e9volu. C&rsquo;est juste qu&rsquo;enfin, on les accepte. On arr\u00eate de se battre contre soi-m\u00eame, on cesse parce qu&rsquo;on se fatigue d&rsquo;\u00eatre en col\u00e8re contre tout, n&rsquo;importe quoi et surtout, contre ce qui fait de nous simplement des \u00eatres humains, sensibles et contradictoires. Je ne sais pas pourquoi. Peut-\u00eatre que l&rsquo;on nous enseigne cela \u00e0 notre insu. Je ne sais pas pourquoi l&rsquo;on court toujours apr\u00e8s cet absolu, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on devrait \u00eatre heureux dans un univers fantasm\u00e9 d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui s&rsquo;encha\u00eeneraient de mani\u00e8re parfaite. J&rsquo;ignore d&rsquo;o\u00f9 vient cette envie de vouloir les conter alors qu&rsquo;on sait tr\u00e8s bien qu&rsquo;elles ne seront pas comprises ou, du moins, entendues que partiellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;avais rien en poche lorsque je suis arriv\u00e9 \u00e0 la capitale. J&rsquo;\u00e9tais parti comme cela sans r\u00e9fl\u00e9chir. Aucune id\u00e9e sur ce que j&rsquo;al-lais faire demain. J&rsquo;avais fait ma valise. J&rsquo;avais donn\u00e9 mon cong\u00e9 \u00e0 ma propri\u00e9taire moyennant un d\u00e9dommagement substantiel. J&rsquo;avais remerci\u00e9 mon patron d&rsquo;avoir eu l&rsquo;aimable gentillesse de me verser l&rsquo;aum\u00f4ne qui atteignait \u00e0 peine le montant d&rsquo;un SMIC pour mes semaines de boulot de quarante-cinq heures. J&rsquo;avais pris mon billet de train pour Paris et j&rsquo;\u00e9tais parti. O\u00f9 allais-je dormir ? Est-ce que les personnes qui me connaissaient, s&rsquo;inqui\u00e9teraient ? Aucune de ces questions ne s&rsquo;\u00e9tait pos\u00e9e dans mon esprit.<br \/>\nUne fois arriv\u00e9, la premi\u00e8re chose que j\u2019ai faite, c\u2019est aller m&rsquo;asseoir sur les marches du parvis de la Gare Montparnasse. J&rsquo;\u00e9tais un peu perdu, un peu sonn\u00e9 d&rsquo;avoir voyag\u00e9 assis sur mon sac entre deux voitures. Il y a des gens, plein de gens partout, qui allaient d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, d&rsquo;un autre, des enfants qui criaient, des petites amies qui t\u00e9l\u00e9phonaient \u00e0 leurs petits copains parce qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas l\u00e0. Cela fourmillait sans qu&rsquo;il y ait, ne serait-ce que l&rsquo;espoir, qu&rsquo;\u00e0 un moment don-n\u00e9, ce grouillement s&rsquo;att\u00e9nue.<br \/>\nEt c&rsquo;est ici, que je l&rsquo;ai rencontr\u00e9e la premi\u00e8re fois. Je ne l&rsquo;avais pas vue s&rsquo;asseoir \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et ce n&rsquo;est que lorsqu&rsquo;elle m&rsquo;a demand\u00e9 du feu que je l\u2019ai regard\u00e9e. D\u2019abord, j&rsquo;ai sursaut\u00e9 et j&rsquo;ai lev\u00e9 les yeux. Je n&rsquo;avais ja-mais vu de cr\u00e9ature pareille. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas jolie au premier sens du terme. Elle \u00e9tait s\u00fbrement trop petite pour \u00eatre totalement mince, une poitrine suffisamment invisible pour ne pas entrer dans les canons de l&rsquo;attirance masculine, des cheveux pas tout \u00e0 fait blonds, un peu roux, mal liss\u00e9s, emm\u00eal\u00e9s retombant lourdement sur des \u00e9paules toutes fines. Ses fringues \u00e9taient us\u00e9es, mal assorties, un chemisier l\u00e9g\u00e8rement brun trop d\u00e9collet\u00e9, un jean rapi\u00e9c\u00e9 de toutes parts avec des morceaux de tissus divers qui sentaient la r\u00e9cup\u00e9ration.<br \/>\n\u00ab Tu fais quoi ici ? \u00bb m&rsquo;a-t-elle demand\u00e9 apr\u00e8s m&rsquo;avoir remerci\u00e9 d&rsquo;un hochement de t\u00eate pour le briquet que je lui avais tendu. \u00ab T&rsquo;as l&rsquo;air un peu perdu, non ? \u00bb<br \/>\nJe n&rsquo;ai pas pu m&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;avoir ce sourire niais qui me trahit souvent quand je me sens d\u00e9couvert.<br \/>\n\u00ab Ouais, \u00e0 vrai dire, je ne sais pas trop ce que je fais ici. Je viens d&rsquo;arriver. Je suis un peu perdu, ouais&#8230; C&rsquo;est un peu \u00e7a&#8230; \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce sont tes bagages ? \u00bb m&rsquo;a-t-elle demand\u00e9 en plantant son regard sur mon sac.<br \/>\n\u00ab Oui. Deux ou trois affaires que j&rsquo;ai sauv\u00e9es au passage&#8230; C&rsquo;est tout. \u00bb<br \/>\nElle s&rsquo;est mise \u00e0 rire. Elle a tir\u00e9 une longue taffe sur sa cigarette et a continu\u00e9 de pouffer. Je ne savais pas bien ce qui la faisait sourire comme cela mais c&rsquo;\u00e9tait franc et je n&rsquo;y discernais aucune ironie m\u00e9chante.<br \/>\n\u00ab T&rsquo;es marrant, toi&#8230; \u00bb a-t-elle fait.<br \/>\nJe ne comprenais pas.<br \/>\n\u00ab Fais pas cette t\u00eate-l\u00e0&#8230; C&rsquo;est juste que tu ne sais pas o\u00f9 t&rsquo;es et tu ne sais pas o\u00f9 tu vas. Tu n&rsquo;es pas le premier et tu ne seras pas le dernier \u00e0 d\u00e9barquer ici comme \u00e7a&#8230; \u00bb<br \/>\nElle a d\u00e9tourn\u00e9 le regard un instant et a fouill\u00e9 dans une de ses poches. Elle en a sorti un bout de papier.<br \/>\n\u00ab T&rsquo;as un stylo ? \u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai fouill\u00e9 dans mon blouson et en ai sorti un crayon. Elle l&rsquo;a pris et a griffonn\u00e9 quelque chose.<br \/>\n\u00ab Tiens, prends \u00e7a&#8230; \u00bb m&rsquo;a-t-elle en me tendant le papier avec le stylo.<br \/>\nJ&rsquo;ai attrap\u00e9 les deux trucs l&rsquo;air un peu in-cr\u00e9dule.<br \/>\n\u00ab Tu n&rsquo;auras qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;utiliser en cas de besoin&#8230; \u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai d\u00e9pli\u00e9 la feuille qu&rsquo;elle avait pli\u00e9e en quatre. C&rsquo;\u00e9tait un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone. J&rsquo;ai relev\u00e9 les yeux et j&rsquo;ai fait le tour du parvis du regard : la fille avait disparu. Comme si elle s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vapor\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ombre des arbres d\u00e9file de chaque c\u00f4t\u00e9. La lune \u00e9claire la nuit d&rsquo;une lumi\u00e8re bl\u00eame et maladive. Il y a du vent, peut-\u00eatre, car les feuilles mortes volent, tourbillonnent avant de retomber brutalement sur le bitume. 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