{"id":1868,"date":"2011-12-18T19:58:01","date_gmt":"2011-12-18T18:58:01","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresdurien.wordpress.com\/?p=1868"},"modified":"2011-12-18T19:58:01","modified_gmt":"2011-12-18T18:58:01","slug":"le-jour-ou-le-matin-ne-sest-plus-leve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/blog\/2011\/12\/18\/le-jour-ou-le-matin-ne-sest-plus-leve\/","title":{"rendered":"Le jour o\u00f9 le matin ne s&rsquo;est plus lev\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:center\"><span class=\"embed-youtube\" style=\"text-align:center; display: block;\"><iframe loading=\"lazy\" class=\"youtube-player\" width=\"700\" height=\"394\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/aAiEcsQGoaY?version=3&#038;rel=1&#038;showsearch=0&#038;showinfo=1&#038;iv_load_policy=1&#038;fs=1&#038;hl=fr-FR&#038;autohide=2&#038;wmode=transparent\" allowfullscreen=\"true\" style=\"border:0;\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin allow-popups allow-presentation allow-popups-to-escape-sandbox\"><\/iframe><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><em>La m\u00e9moire est impr\u00e9cise. On ne sait pas comment on est arriv\u00e9 l\u00e0. Il y a la fatigue qui alourdit les pens\u00e9es. On est engourdi de ne pas avoir dormi comme on aurait voulu. Mais on est bien. Comme si tout \u00e9tait en coton. On sent encore le parfum de quelques touches d\u2019alcool, les m\u00eames qui nous ont permis d\u2019aller sur ce chemin. On se souvient d\u2019un ventre qui se contracte, d\u2019une t\u00eate qui se penche en arri\u00e8re comme \u00e9lectrocut\u00e9e. On se souvient qu\u2019on ne souvient plus. Que l\u2019impression est ailleurs, au-del\u00e0 de ce que les neurones peuvent imprimer.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Puis on se souvient qu\u2019on s\u2019en rappelle et qu\u2019on a simplement r\u00eav\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C\u2019est toujours comme cela que les choses finissent. Comme une carte postale envoy\u00e9e sur un coup de t\u00eate \u00e0 cet ami improbable chez qui on s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 un soir et qui nous a laiss\u00e9 dormir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s contre quelques miettes d\u2019une tendresse arrach\u00e9e \u00e0 un moment de d\u00e9sillusion.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Je m\u2019appelais Madeleine mais tout le monde m\u2019appelait Maddy. Ce matin-l\u00e0, j\u2019ai entrepris de tout \u00e9crire l\u2019histoire. Je me suis assise sur le lit avec l\u2019ordinateur portable pos\u00e9 sur le drap et le curseur clignotant devant cette grande page blanche virtuelle. J\u2019avais une grande tasse de caf\u00e9 chaud entre les mains que j\u2019ai pos\u00e9e sur la table de chevet lorsque les phrases ont commenc\u00e9 \u00e0 se composer dans ma t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Je ne suis pas dou\u00e9e pour raconter les histoires. Je ne sais d\u00e9j\u00e0 pas les vivre, alors, vous voyez bien, \u00e7a commence plut\u00f4t mal.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Je suis n\u00e9e \u00e0 Ligny-le-Ribault, une petite commune du Loiret, dans la maison au portail rouge, au num\u00e9ro 17 de la rue du Pr\u00eache, le 7 f\u00e9vrier 1993. De mon enfance et de mon adolescence, il n\u2019y a pas grand-chose \u00e0 retenir car je n\u2019ai rien fait de sp\u00e9cial qui vaille qu\u2019on se souvienne de moi. Il para\u00eet que j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 une belle gamine. On m\u2019a toujours consid\u00e9r\u00e9e comme telle. Moi, je n\u2019ai jamais ressenti vraiment cela. C\u2019est vrai que j\u2019\u00e9tais loin d\u2019\u00eatre de ces filles qui rasent les murs et avec qui les gar\u00e7ons sortent lorsqu\u2019ils n\u2019ont plus rien \u00e0 se mettre sous la dent, mais, je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 que cela \u00e9tait un avantage. Bien au contraire. C\u2019est compliqu\u00e9 de s\u2019imposer des contraintes quand il y a toujours un gars pour remplacer le pr\u00e9c\u00e9dent. Et puis, tr\u00e8s vite, vous vous demandez bien ce qu\u2019ils peuvent vous trouver. Ce qu\u2019ils cherchent aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">A partir de la premi\u00e8re au lyc\u00e9e, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 sortir avec Paul. C\u2019\u00e9tait le fils du voisin d\u2019en face de chez moi. Un ami d\u2019enfance. On se connaissait presque par c\u0153ur alors avec lui, tout \u00e9tait facile. Et puis Paul, c\u2019\u00e9tait le genre de mec qui vous met sur un pi\u00e9destal et vous permet tout. M\u00eame les pires b\u00eatises. Cela donne une relation plut\u00f4t chaotique entrem\u00eal\u00e9e \u00e0 de l\u2019intime puisqu\u2019il conna\u00eet votre famille parfois mieux que vous. Et puis, vous grandissez un peu et vous vous r\u00e9voltez contre \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Apr\u00e8s mon BTS, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9e pour \u00e9crire quelques articles dans le journal local. C\u2019\u00e9tait sympathique au d\u00e9but, tout le temps o\u00f9 j\u2019ai cru qu\u2019on me demandait cela parce qu\u2019on croyait en moi et un certain talent de plume. On a m\u00eame sabr\u00e9 le champagne un soir pour un article qui avait couvert une sordide histoire de meurtre passionnel. C\u2019est ce m\u00eame soir que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 sortir avec David, le r\u00e9dacteur en chef. Il n\u2019y avait rien de pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 de ma part, juste une l\u00e9g\u00e8re attirance et l\u2019alcool pour aider. Cela n\u2019a pas dur\u00e9 tr\u00e8s longtemps : \u00e0 peine trois mois. Juste le temps qu\u2019il m\u2019emm\u00e8ne \u00e0 Venise et que notre relation tombe \u00e0 l\u2019eau pour Elise, la suivante sur sa liste. Je n\u2019ai m\u00eame pas pleur\u00e9 ce soir-l\u00e0 car je crois que je savais tr\u00e8s bien que le conte \u00e9tait trop beau. Au lieu de cela, j\u2019ai appel\u00e9 Denis, un mec avec qui j\u2019avais \u00e9chang\u00e9 nos num\u00e9ros lors d\u2019une soir\u00e9e dans un bar \u00e0 Orl\u00e9ans. Je l\u2019aimais bien et il me faisait rire avec son air un peu gauche.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Comptable, c\u2019\u00e9tait sa profession mais il \u00e9crivait des livres et de la po\u00e9sie et moi, j\u2019adorais lire ses mots. J\u2019avais l\u2019impression que je ne connaissais rien de la vie avec ces r\u00e9cits. Il m\u2019assurait que la plupart des choses qu\u2019il racontait \u00e9tait issu de ses exp\u00e9riences personnelles mais moi, je trouvais cela improbable et pourtant je m\u2019en fichais. J\u2019aurais fait n\u2019importe quoi pendant cette p\u00e9riode pour passer une nuit enti\u00e8re, emm\u00eal\u00e9e \u00e0 lui et \u00e0 le bombarder de questions. Et lui, il me r\u00e9pondait sans tricher. Il n\u2019a jamais simul\u00e9 son attachement au sens propre comme au sens figur\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Au bout d\u2019une semaine avec lui, Paul est revenu et je n\u2019ai pas su quoi faire. Il me connaissait et savait toutes les ficelles pour me faire tomber. Et je suis tomb\u00e9e. Je n\u2019ai rien dit \u00e0 Denis, pas tout de suite. Je crois que je me suis dit que c\u2019\u00e9tait une phase de transition ou bien un truc comme \u00e7a. Et je dois dire aussi que l\u2019id\u00e9e me plaisait aussi. J\u2019avais l\u2019impression pour la premi\u00e8re fois de ma vie de transgresser une sorte d\u2019interdit. Mais ce n\u2019est pas facile de tenir le mensonge. La double-vie ne peut tenir que si les deux parties sont \u00e9tanches et l\u00e0, elles ne l\u2019\u00e9taient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">J\u2019ai d\u00fb avouer la chose \u00e0 Denis au bout d\u2019un mois. Je lui ai expliqu\u00e9 qui \u00e9tait Paul. Denis m\u2019a simplement dit qu\u2019il comprenait et qu\u2019il avait confiance en moi. Je n\u2019ai pas su quoi lui r\u00e9pondre. Je l\u2019ai simplement embrass\u00e9 et fait en sorte qu\u2019il m\u2019attire \u00e0 lui. Je ne suis pas rentr\u00e9e chez moi o\u00f9 Paul m\u2019attendait. Ce fut la premi\u00e8re nuit de toutes celles qui ont suivi, except\u00e9 le week-end.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Aujourd\u2019hui, cela faisait six semaines et ce jour-l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai eu envie d\u2019\u00e9crire, c\u2019\u00e9tait samedi. Sous le drap, Denis dormait encore. Moi, je venais de sortir de la salle de bain. Et dans la poubelle de la cuisine, il y avait un test de grossesse positif.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9moire est impr\u00e9cise. On ne sait pas comment on est arriv\u00e9 l\u00e0. Il y a la fatigue qui alourdit les pens\u00e9es. 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