{"id":2415,"date":"2016-08-04T19:52:35","date_gmt":"2016-08-04T17:52:35","guid":{"rendered":"http:\/\/ericlaugier.com\/web\/?p=2415"},"modified":"2016-08-04T19:57:36","modified_gmt":"2016-08-04T17:57:36","slug":"autopsie-des-confusions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/blog\/2016\/08\/04\/autopsie-des-confusions\/","title":{"rendered":"Autopsie des confusions [esquisse]"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">AVERTISSEMENT :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Ce texte ne convient pas \u00e0 tout public. Au del\u00e0 d&rsquo;une touche d&rsquo;\u00e9rotisme, le sujet principal peut heurter. C&rsquo;est une fiction, une tentative d&rsquo;exploration d&rsquo;une psychologie qui pourrait d\u00e9ranger certains dans certaines valeurs morales.<\/em><br \/>\n<em>Enfin, le texte est pour l&rsquo;instant au stade d&rsquo;un premier jet. L&rsquo;histoire du narrateur sera sans doute amen\u00e9e \u00e0 s&rsquo;\u00e9toffer avec d&rsquo;autres d\u00e9tails sur sa vie et les cons\u00e9quences psychologiques.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>M\u00e9tro Ligne 1, Station Argentine &#8211; Samedi, 8h32<\/em><\/p>\n<p>Elle s&rsquo;est assise sur le si\u00e8ge devant moi. Elle n&rsquo;a m\u00eame pas remarqu\u00e9 ma pr\u00e9sence. Elle a souri et fait un petit signe \u00e0 une femme un peu plus loin qui selon toute vraisemblance \u00e9tait sa m\u00e8re. Et c&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que je devenais dangereux. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas un danger qui s&rsquo;affiche clairement, un truc qui se remarque comme le nez au milieu de la figure. Non, c&rsquo;\u00e9tait un danger plus trouble. Lorsque je l&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9, je me suis demand\u00e9 depuis combien de temps, j&rsquo;avais bascul\u00e9. Je me suis aussi demand\u00e9 pourquoi, mais l\u00e0, forc\u00e9ment je n&rsquo;avais pas la r\u00e9ponse, ou plut\u00f4t je ne voulais pas me confronter \u00e0 cette r\u00e9ponse. Je l&rsquo;ignorais, mais pourtant tout \u00e9tait construit clairement dans ma t\u00eate. Seulement, quand le cerveau a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas souffrir, quand le c\u0153ur a d\u00e9cid\u00e9 de se prot\u00e9ger, co\u00fbte que co\u00fbte, il est vain d&rsquo;essayer de lutter. Je ne crois pas au fait que l&rsquo;on puisse soigner ce genre de choses. La seule \u00e9chappatoire est de cloisonner un peu plus chaque fois, de remettre des barri\u00e8res mentales un peu plus hautes, un peu plus \u00e9paisses. Et il n&rsquo;y a personne \u00e0 part l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 qui puisse le faire. Et il faut que ce soit lui qui le fasse, car ce qui est en jeu dans ce chantier de construction, c&rsquo;est l&rsquo;identit\u00e9, notre personnalit\u00e9. Je ne parle pas de la personnalit\u00e9 au sens de la personne que les autres per\u00e7oivent, mais bien de la personnalit\u00e9 au sens de l&rsquo;image que l&rsquo;on a de soi-m\u00eame, des souvenirs que l&rsquo;on veut garder et des blessures qu&rsquo;on ne veut pas soigner en guise de lieu de recueillement mental.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais voulu me d\u00e9barrasser de ma responsabilit\u00e9 quand bien m\u00eame j&rsquo;aie pu \u00eatre la victime. J&rsquo;\u00e9tais une victime consentante. Sa victime. Mais je l&rsquo;aimais. Et quoique j&rsquo;affirme tr\u00e8s facilement le contraire pour faire bien en soci\u00e9t\u00e9, je l&rsquo;aime toujours contre vents et mar\u00e9es. Je ne saurais expliquer pourquoi. Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;excuse \u00e0 pr\u00e9senter pour me faire pardonner la faiblesse qu&rsquo;elle r\u00e9veilla en moi. Elle \u00e9tait jeune et fragile, un peu excentrique, sans filtre. Elle n&rsquo;avait pas de limites, du moins, elle transcendait les miennes. Nous nous sommes rencontr\u00e9s vite, nous sommes tomb\u00e9s dans le pi\u00e8ge l&rsquo;un de l&rsquo;autre et nous lui avons fait l&rsquo;amour autant que nous faisions l&rsquo;amour l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Nous aimions rester imbriqu\u00e9s, avec l&rsquo;odeur de l&rsquo;autre incrust\u00e9 dans chacun de nos pores. M\u00eame la premi\u00e8re nuit, m\u00eame si la douleur et le sang s&rsquo;\u00e9taient m\u00eal\u00e9s \u00e0 nos douceurs sauvages. Les gestes \u00e9taient chaque fois un peu d\u00e9sordonn\u00e9s, la proposition de plaisir en dehors du cadre. Je me souviens encore du mouvement et de la pression des paumes de sa main avec ses doigts de gamine, les bras tendus telle une volleyeuse allong\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ception, pendant que nos langues et nos souffles s&rsquo;entrem\u00ealaient, les miennes appliqu\u00e9es \u00e0 la base de chacune de ses lunes \u00e0 cr\u00e9er l&rsquo;ouverture pour que l&rsquo;air un peu frais de la nuit la fasse frissonner, en m\u00eame temps l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 des index et des majeurs attisaient la source de ses sueurs. Nous pouvions rester des heures ainsi \u00e0 nous faire monter et redescendre pour reculer l&rsquo;instant final. Il est m\u00eame arriv\u00e9 que nous le perdions de vue et que la nuit nous prenne. Nous restions alors ainsi, enfich\u00e9s comme les pi\u00e8ces d&rsquo;un puzzle improbable, incapables de reconna\u00eetre notre d\u00e9faite devant nos heures de sommeil perdues.<\/p>\n<p>Mais tout instant final, par d\u00e9finition, finit par survenir, m\u00eame se r\u00e9p\u00e9ter, et quand bien m\u00eame il soit compos\u00e9 de l&rsquo;addition de nos \u00e9go\u00efsmes, il est une \u00e9quation qui fait que si l&rsquo;on ne met pas de draps sur les inconnues, cette m\u00eame \u00e9quation arrive toujours \u00e0 trouver sa solution, peu importe l&rsquo;histoire de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre, peu importe qu&rsquo;on y soit pr\u00e9par\u00e9. J&rsquo;aurais pu le voir, l&rsquo;anticiper mais quand la balance est \u00e0 ce point d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e, nous ignorons les \u00e9vidences. Nous sommes invincibles, immortels et aveugles. Elle ne l&rsquo;avait pas anticip\u00e9. Elle m&rsquo;avait pris comme un objectif futur, mais son pr\u00e9sent \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9. Elle avait besoin de temps. Nous nous ressemblions sur un point essentiel. Nous ne voulions rien abandonner. Sauf que.<\/p>\n<p>Lorsque la nouvelle s&rsquo;est impos\u00e9e \u00e0 elle, c&rsquo;\u00e9tait un peu comme si le monde s&rsquo;\u00e9croulait. Je l&rsquo;avais entra\u00een\u00e9e dans des contr\u00e9es qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais os\u00e9es imaginer. Mais au final, tout s&rsquo;\u00e9tait construit sur la base d&rsquo;un mensonge. Il aurait peut-\u00eatre fallu que je la pousse \u00e0 assumer sa trahison pour vivre l&rsquo;autre v\u00e9rit\u00e9 possible. Il aurait peut-\u00eatre fallu pour cela que mes mots aussi sensibles puissent-ils \u00eatre, lui d\u00e9peignent un choix moins cru. Je ne sais pas.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas l\u00e0, le probl\u00e8me. Les choix individuels gardent leur valeur et le respect qu&rsquo;on leur doit. Non. Ce n&rsquo;est pas le choix individuel qui pose souci. C&rsquo;est quand une d\u00e9cision qui devrait se prendre \u00e0 deux ne l&rsquo;est pas. Quand on demande ensuite \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;accepter et de l&rsquo;accompagner&#8230;<\/p>\n<p>La faille est l\u00e0. Et lorsqu&rsquo;on ne peut pas cesser d&rsquo;aimer, on compense et on m\u00e9lange : la fille, l&rsquo;enfant, l&rsquo;adolescente et la m\u00e8re. On n&rsquo;a pas pu la prot\u00e9ger, elle, alors les sentiments s&rsquo;enflamment. C&rsquo;est comme une addiction qui ne veut pas dire son nom. Malgr\u00e9 cela, il faut avancer. Comme toujours, on pr\u00e9f\u00e8re ignorer quand bien m\u00eame, il faut se mettre \u00e0 boire, \u00e0 se saouler. C&rsquo;est une strat\u00e9gie d&rsquo;esquive qui \u00e9vite que nous nous remettions \u00e0 contempler des d\u00e9combres dont la confusion nous entra\u00eene sur un chemin de compensation que l&rsquo;on voudrait obstruer tant il est compatible \u00e0 notre sensibilit\u00e9 mais contraire \u00e0 toute raison.<\/p>\n<p>De l\u00e0, nous errons comme un fant\u00f4me. On s&rsquo;accouple \u00e0 des sch\u00e9mas relationnels qui nous permettent de garder pieds socialement et masque un amour qui s&rsquo;exprime mal par un instinct paternel convenable en surface. Je ne sais pas dire si ce n&rsquo;est qu&rsquo;une histoire de circonstances qui s&rsquo;additionnent et se m\u00ealent, qui am\u00e8ne les gens sur le chemin de vie qu&rsquo;ils empruntent. Pour mon cas personnel, j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 convaincu du contraire m\u00eame si l&rsquo;on peut se faire aider parfois par le \u00ab\u00a0hasard\u00a0\u00bb. Je dis cela mais je n&rsquo;y crois pas vraiment. Quand j&rsquo;ai recommenc\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter, je suis tomb\u00e9 sur la seule \u00ab\u00a0figure\u00a0\u00bb qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait possible de chercher \u00e0 cet instant-l\u00e0. Quelqu&rsquo;un tout autant caboss\u00e9, une m\u00e8re mais une adolescente aussi. J&rsquo;avais besoin des deux aspects dans la m\u00eame personne. M\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait pour me mener nulle part. Elle, me prenait pour un ami, quelqu&rsquo;un qui aimait suffisamment ses gosses pour me les confier et moi, je ne savais pas tr\u00e8s bien pourquoi j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0. Aussi inconfortable, la situation f\u00fbt-elle, j&rsquo;\u00e9tais affectivement bien. Mais pas dans la t\u00eate. Dans la t\u00eate, il y avait un deuil qui ne voulait pas dire son nom, il y avait un deuil auquel je n&rsquo;avais pas droit. Pas de lieu, pas de t\u00e9moin&#8230; Juste quelques phrases, quelques SMS ou emails et un film d&rsquo;images grav\u00e9es dans des souvenirs ind\u00e9l\u00e9biles. C&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;on devient double. On g\u00e8re l&rsquo;affectif banal de notre \u00e2ge avec des ombres anonymes qui dans leurs rondeurs de leurs intimit\u00e9s, vous laissent un peu de leur chaleur et de leur sucre sur le bout de la langue autant que vous les repoussez ou les contentez avec une raideur que vous allez chercher dans les recoins de vos souvenirs.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 que l&rsquo;on ignore, c&rsquo;est que toutes les valeurs se sont renvers\u00e9es et que les barri\u00e8res deviennent perm\u00e9ables. Plus on avance, plus la route se transforme et cela ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 du funambulisme. Faudra-t-il un nouveau choc pour que la vie daigne remettre les choses \u00e0 l&rsquo;endroit ou serons-nous condamn\u00e9s \u00e0 flirter avec notre part de t\u00e9n\u00e8bres ? Je n&rsquo;ai pas de r\u00e9ponse et je crois que personne n&rsquo;est en position pour faire croire qu&rsquo;il pourrait y avoir une issue. Elle peut exister comme elle ne le peut pas. Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9crit \u00e0 l&rsquo;avance. Il ne nous reste que nous-m\u00eames sur qui compter.<\/p>\n<p>Est-ce que le fait d&rsquo;avoir ressenti le danger, nous en prot\u00e9gera ? Est-ce vraiment un danger ? Comment des sentiments aussi forts, aussi arrach\u00e9s \u00e0 nos entrailles peuvent-ils \u00eatre un danger ? Je crois que je vais faire comme je l&rsquo;ai toujours fait. Je vais continuer d&rsquo;ignorer.<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur est s\u00fbrement malade de ses refoulements mais je n&rsquo;ai pas vraiment envie de me consid\u00e9rer comme \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un \u00eatre que je ne suis pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>AVERTISSEMENT : Ce texte ne convient pas \u00e0 tout public. 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