{"id":252,"date":"2009-03-09T22:53:11","date_gmt":"2009-03-09T20:53:11","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresdurien.wordpress.com\/?p=252"},"modified":"2009-03-09T22:53:11","modified_gmt":"2009-03-09T20:53:11","slug":"sam","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/blog\/2009\/03\/09\/sam\/","title":{"rendered":"Sam"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family:Georgia\"><em>On l&rsquo;appelait Sam, le pote que l&rsquo;on cherche tout le temps, celui qu&rsquo;on ne regarde pas. Celui qui nous fait rire pour tout ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas. Tu te rappelles de lui ? Peut-\u00eatre ou peut-\u00eatre pas.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait Sam, le gars qu&rsquo;on t&rsquo;avait pr\u00e9sent\u00e9 une soir\u00e9e, qui t&rsquo;avait regard\u00e9e et qui t&rsquo;avait souri. Tu te souviens pas pourquoi, mais toi aussi, t&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de lui esquisser un sourire et \u00e7a ne te ressemblait pas.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait Sam, le gars qui t&rsquo;avait invit\u00e9e \u00e0 boire un caf\u00e9, un soir o\u00f9 tu \u00e9tais press\u00e9e de te rendre \u00e0 un rendez-vous qui n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<p>T&rsquo;avais bu deux ou trois chocolats pendant qu&rsquo;il sifflait ses bi\u00e8res et te causait de toi.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait Sam et tu n&rsquo;y coupais pas. T&rsquo;avais le regard fuyant. L&rsquo;imaginer tout pr\u00e8s, te prendre dans ses bras, c&rsquo;\u00e9tait ridicule et tu ne l&rsquo;osais pas.<\/p>\n<p>Sam, une esp\u00e8ce de fant\u00f4me, l&rsquo;humeur d&rsquo;un homme que l&rsquo;on ne saisit pas. Il te laissait partir comme tu voulais et revenir mais \u00e0 chaque fois, il \u00e9tait sur le quai pour prendre les paquets ou t&rsquo;accompagner l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>C&rsquo;est bizarre, tout ce que l&rsquo;histoire oublie, cette m\u00e9moire des autres qu&rsquo;on pense si importante et finalement ne l&rsquo;est pas. On se balance des conneries, on se lance des d\u00e9fis, on se fait des promesses de l&rsquo;instant auxquelles on croit. Et en d\u00e9finitive, il ne reste pas grand chose, que des photos rat\u00e9es et le souvenir des ecchymoses.<\/p>\n<p>Sam, c&rsquo;\u00e9tait le mec \u00e0 qui l&rsquo;on promet qu&rsquo;\u00e0 trente ans, si l&rsquo;on n&rsquo;a rien r\u00e9solu, si l&rsquo;on n&rsquo;a ni copain, ni chien, ce sera lui.<\/p>\n<p>Sam, c&rsquo;est le mec \u00e0 qui on dit \u00ab\u00a0ouais\u00a0\u00bb parce que on peut pas dire \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb. Sam, \u00e7a sera le p\u00e8re des enfants qu&rsquo;il n&rsquo;a pas, le p\u00e8re, le fr\u00e8re, l&rsquo;amant de celles qui n&rsquo;en ont pas. Sam n&rsquo;est rien, qu&rsquo;une ombre qui se vide \u00e0 chacun de ses pas.<\/p>\n<p>Sam, tu sais tout de lui m\u00eame si lui n&rsquo;en sait rien. C&rsquo;est comme un paquet kleenex qu&rsquo;on oublie au fond de son sac, tant qu&rsquo;il est pas temps de le tenir entre ses doigts.<\/p>\n<p>Mais Sam, il est comme tout le monde. Il t&rsquo;aime mais il ne te d\u00e9sire pas. Il comble la musique que tu ne lui joues pas.<\/p>\n<p>On l&rsquo;appelait Sam comme on l&rsquo;aurait appel\u00e9 John. Le nom importe peu dans ce genre de cas.<\/p>\n<p>Et \u00e0 l&rsquo;aube de tes trente ans, tu l&rsquo;as appel\u00e9 Sam.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;\u00e9tait plus l\u00e0.<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On l&rsquo;appelait Sam, le pote que l&rsquo;on cherche tout le temps, celui qu&rsquo;on ne regarde pas. 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