{"id":267,"date":"2009-10-04T23:09:10","date_gmt":"2009-10-04T21:09:10","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresdurien.wordpress.com\/?p=267"},"modified":"2009-10-04T23:09:10","modified_gmt":"2009-10-04T21:09:10","slug":"le-jour-de-mes-dix-huit-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/blog\/2009\/10\/04\/le-jour-de-mes-dix-huit-ans\/","title":{"rendered":"Le jour de mes dix-huit ans"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\"><em>C&rsquo;\u00e9tait presqu&rsquo;un miracle d&rsquo;avoir pu le dire ou d&rsquo;avoir su le faire. Ce n&rsquo;est pas quelque chose qu&rsquo;on oublie au milieu de ces presque riens qui remplissent des heures et qui n&rsquo;occupent pas la moiti\u00e9 de nos affaires. Le grand avec les grandes mains, on l&rsquo;appelait Henri ; ce n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment un ami, peut-\u00eatre un grand fr\u00e8re. A vrai dire, je ne savais pas trop qui il \u00e9tait, je savais juste qu&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0 et qu&rsquo;il bossait avec mon p\u00e8re. Il disait jamais rien, \u00e0 peine, hochait-il la t\u00eate, histoire de me faire sourire. Des fois je me disais que s&rsquo;il gardait le silence, c&rsquo;\u00e9tait pour \u00e9viter de dire des b\u00eatises et d&rsquo;autres fois, je me disais qu&rsquo;il \u00e9tait peut-\u00eatre muet ou timide.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><em>J&rsquo;aimais jouer de \u00e7a, lui faire des mis\u00e8res, me frotter contre lui, me jeter dans ses bras juste pour le voir rire et en l&rsquo;espace d&rsquo;une seconde, le faire rougir. Je ne voyais que \u00e7a, comme si en un instant, tout \u00e7a, \u00e7a ne pouvait que ti\u00e9dir. Il n&rsquo;y avait rien \u00e0 retirer, ni l&rsquo;insouciance, ni la g\u00eane. Il y avait chaque geste et l&rsquo;envie manifeste de ne rien laisser s&rsquo;\u00e9chapper de ce vaste empire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><em>Je savais qu&rsquo;un jour, il serait temps et \u00e0 l&rsquo;aube de mes dix-huit ans, j&rsquo;ai fugu\u00e9, je suis partie. Mais je ne suis pas all\u00e9e tr\u00e8s loin.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><em>J&rsquo;ai travers\u00e9 le jardin et je l&rsquo;ai rejoint. De proche en proche, de plus en moins, je me suis brod\u00e9e la note que j&rsquo;allais lui jouer. Il n&rsquo;a pas dit oui. Il n&rsquo;a pas dit non. Il m&rsquo;a juste laiss\u00e9e traverser le salon. Je ne sais pas ce qu&rsquo;il a pens\u00e9, je ne sais pas s&rsquo;il a su vraiment pourquoi il aurait d\u00fb s&rsquo;arr\u00eater de jouer. Je sais juste que nous avons dans\u00e9, vals\u00e9, pouss\u00e9 chaque porte qu&rsquo;il y avait sous le toit de sa maison.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><em>C&rsquo;\u00e9tait presqu&rsquo;un miracle d&rsquo;avoir pu le dire ou d&rsquo;avoir su le faire. Ce n&rsquo;est pas quelque chose qu&rsquo;on oublie au milieu de ces presque riens qui remplissent des heures et qui n&rsquo;occupent pas la moiti\u00e9 de nos affaires. Je sais juste qu&rsquo;il y a eu la police qui est venue au petit matin et qu&rsquo;il n&rsquo;a su que dire en me l\u00e2chant la main. Je sais juste que j&rsquo;ai pleur\u00e9 sans trop savoir pourquoi, j&rsquo;avais perdu quelque chose et je ne savais quoi, le jour de mes dix-huit ans.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait presqu&rsquo;un miracle d&rsquo;avoir pu le dire ou d&rsquo;avoir su le faire. Ce n&rsquo;est pas quelque chose qu&rsquo;on oublie au milieu de ces presque riens qui remplissent des heures et qui n&rsquo;occupent pas la moiti\u00e9 de nos affaires. Le grand avec les grandes mains, on l&rsquo;appelait Henri ; ce n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment un ami, peut-\u00eatre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[24],"tags":[10,23,13],"class_list":["post-267","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes","tag-autres","tag-nouvelles-litteraires","tag-prose"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4SHRd-4j","jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=267"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/267\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}