{"id":400,"date":"2008-07-28T22:37:53","date_gmt":"2008-07-28T20:37:53","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresdurien.wordpress.com\/?p=400"},"modified":"2008-07-28T22:37:53","modified_gmt":"2008-07-28T20:37:53","slug":"le-requiem-de-faure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/blog\/2008\/07\/28\/le-requiem-de-faure\/","title":{"rendered":"Le Requiem de Faur\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\"><span style=\"font-family:Georgia\">La vieille b\u00e2tisse d\u00e9coupait l&rsquo;horizon quand le  cr\u00e9puscule pointait&#8230; Laiss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abandon peut-\u00eatre et surtout au  fracas incessant des vagues qui grignotaient les contrebas de la  falaise. D&rsquo;aucuns disaient, qu&rsquo;\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, l&rsquo;on entendait  des cris ou bien toutes sortes de musique inqui\u00e9tante&#8230; Mais tous  \u00e9taient bien ignorants&#8230; Moi, je savais&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">De loin quand il y  avait du brouillard et quand le soir se posait sur la mer, celui qui le  voulait, un peu curieux, aurait pu distinguer les lueurs vacillantes qui  dessinaient dans la d\u00e9coupe des fen\u00eatres des ombres tortur\u00e9es et  dansantes, sur la peinture blafarde des plafonds.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Quand le vent  changeait de direction, la girouette forg\u00e9e grin\u00e7ait et les plaintes  \u00e9tranges s&rsquo;envolaient pour se perdre dans le roulis impeccable des  flots.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Mais personne ne voulait voir, personne n&rsquo;osait imaginer  le drame quotidien qui se jouait&#8230; D&rsquo;aucuns disaient que la  propri\u00e9taire \u00e9tait une vieille folle, qu&rsquo;elle \u00e9tait peut-\u00eatre morte et  que c&rsquo;\u00e9tait son fant\u00f4me en mal de r\u00e9demption, qui br\u00fblait et geignait  derri\u00e8re la discr\u00e9tion des volets aux ailes ajour\u00e9es&#8230; Les gens  perdaient la m\u00e9moire de ces dizaines de silhouettes qui d&rsquo;un pas mal  assur\u00e9 remontaient de la ville, sans un mot et l&rsquo;\u0153il alcoolique&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait  Lucifer\u00a0\u00bb avait dit le cur\u00e9 qui r\u00e9gnait entre ces murs plein de mousse  et glac\u00e9s&#8230; Seules les \u00e2mes impures ou d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es pouvaient avoir envie  de s&rsquo;y retrouver. De tout cela, l&rsquo;hypocrisie des habitants en avait  fait une v\u00e9rit\u00e9, laissant quand m\u00eame de c\u00f4t\u00e9, de grands silences  embarrass\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C&rsquo;est \u00e9trange que m\u00eame si la majorit\u00e9 sait qu&rsquo;elle  se cache la r\u00e9alit\u00e9, il reste des tabous qu&rsquo;elle ne peut arracher, au  nom d&rsquo;une morale qui pr\u00e9f\u00e8re s&rsquo;afficher plut\u00f4t que d&rsquo;avancer, voire m\u00eame  trouver une solution \u00e0 son probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Puisque fra\u00eechement arriv\u00e9 \u00e0  la r\u00e9daction du journal local, il \u00e9tait naturel pour moi, d&rsquo;\u00eatre  intrigu\u00e9 la rumeur suscit\u00e9e par cette b\u00e2tisse et de mettre les deux  pieds dans le plat.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">J\u2019ai mis quelques semaines avant de me  d\u00e9cider car, quand il m\u2019arrivait d\u2019en parler, je voyais bien les regards  se d\u00e9tourner. Qu\u2019y avait-il l\u00e0-bas pour susciter tant de crainte et de  murmures g\u00ean\u00e9s ? Alors j\u2019ai tra\u00een\u00e9 sur le port et dans les bas quartiers  \u00e0 la poursuite de ces ombres que je voyais gravir le chemin \u00e0 la nuit  tomb\u00e9e et s\u2019\u00e9vanouir dans la brume au matin. Mais impossible de leur  tirer un tra\u00eetre ver de leurs nez.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Alors un soir, je n\u2019ai dit mot  et prenant mon inconscience \u00e0 deux mains, j\u2019y suis all\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Je ne  vous dirai pas ce que j\u2019y ai trouv\u00e9 car ces choses ne se disent pas  puisqu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re les cacher\u2026 Je sais que la vieille folle regarde tout  ceci avec un \u0153il us\u00e9, qu\u2019elle pense juste \u00e0 ces filles et \u00e0 les  prot\u00e9ger. Alors, tous les soirs, avant d\u2019ouvrir sa porte \u00e0 ses \u00e2mes  perdues et de les faire chanter, elle soul\u00e8ve d\u2019un doigt le diamant de  son gramophone pour d\u00e9licatement le poser sur son disque f\u00e9tiche \u00ab le  Requiem de Faur\u00e9 \u00bb qui r\u00e9sonne toute la nuit pour recouvrir le bruit de  la maisonn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><a href=\"http:\/\/www.lapassiondespoemes.com\/?action=viewpost&amp;ID=249&amp;cat=20\" target=\"_blank\">Publication originale.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vieille b\u00e2tisse d\u00e9coupait l&rsquo;horizon quand le cr\u00e9puscule pointait&#8230; Laiss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abandon peut-\u00eatre et surtout au fracas incessant des vagues qui grignotaient les contrebas de la falaise. 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