{"id":84,"date":"2010-01-10T10:23:12","date_gmt":"2010-01-10T09:23:12","guid":{"rendered":"http:\/\/lettresdurien.wordpress.com\/?p=84"},"modified":"2010-01-10T10:23:12","modified_gmt":"2010-01-10T09:23:12","slug":"lettre-a-louise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/blog\/2010\/01\/10\/lettre-a-louise\/","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 Louise"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:right\">Lettre \u00e0 Louise, Paris, 4 Janvier 2010<\/p>\n<p>Louise,<\/p>\n<p>Ca faisait longtemps que je n&rsquo;avais pas pris le temps de t&rsquo;\u00e9crire, ni m\u00eame de chercher \u00e0 savoir ce que tu deviens. Cela se compte maintenant en ann\u00e9es s\u00fbrement. Je ne sais pas pourquoi, cela s&rsquo;est produit, et je ne saurais t&rsquo;expliquer pourquoi je n&rsquo;ai jamais su mettre un voile d&rsquo;oubli sur ce que l&rsquo;on pourrait appeler notre relation, f\u00fbt-elle si br\u00e8ve lorsqu&rsquo;on s&rsquo;attache aux dates officielles.<\/p>\n<p>J&rsquo;aurais plein de choses \u00e0 te dire, \u00e0 te raconter si j&rsquo;en avais l&rsquo;envie mais je n&rsquo;en ferais rien. Ce n&rsquo;est pas que je n&rsquo;ai pas le d\u00e9sir de te conter toutes les choses que je n&rsquo;ai pas su combler, toutes les filles aux aventures rat\u00e9es, toutes ces soir\u00e9es \u00e0 attendre, \u00e0 faire semblant de rire et de sourire pour musser au plus profond le masque de souvenirs, les sentiments et les ressentiments qui n&rsquo;ont cess\u00e9 de me hanter. Ce n&rsquo;est pas que je n&rsquo;ai pas cette attitude qui fait des gens, des personnes respectables quand elles ont r\u00e9ussi \u00e0 nier leur pass\u00e9 pour mieux vivre leur pr\u00e9sent, cette posture qui veut qu&rsquo;on dise \u00e0 l&rsquo;autre que \u00ab je vais bien, ne t&rsquo;en fais pas \u00bb avec cette pointe d&rsquo;\u00e9go\u00efsme, de reproche ironique. On ne sait pas ce que l&rsquo;on contemple lorsqu&rsquo;on laisse ces mots-l\u00e0 : si c&rsquo;est notre inusable fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 nos moulins \u00e0 vents, ou bien, si c&rsquo;est seulement, notre \u00e9ternel besoin d&rsquo;entendre dans les paroles de l&rsquo;autre, que l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 autre chose qu&rsquo;un mouchoir en papier.<\/p>\n<p>Non, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;histoires \u00e0 coucher dans ses lignes. Pourtant, tu me connais un peu, et tu sais, que je ne sais garder en moi, les tortures que mon propre cerveau m&rsquo;inflige pour obtenir l&rsquo;illusoire d&rsquo;une r\u00e9demption. C&rsquo;est pour cela que je t&rsquo;\u00e9cris. Je ne sais si, dans un coin de ta m\u00e9moire, tu te rappelles encore ce que je t&rsquo;avais promis&#8230; Que de notre histoire, j&rsquo;en ferais le r\u00e9cit, que chapitre apr\u00e8s chapitre, j&rsquo;en ferais le roman. Rassure-toi, je n&rsquo;y ai pas mis l&rsquo;essentiel, j&rsquo;ai m\u00e9lang\u00e9 les personnages, les ann\u00e9es, de la m\u00eame mani\u00e8re que tu aimais tant quand tu lisais encore mon \u00e2me pour conna\u00eetre l&rsquo;avant.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>Il neige ce matin, comme il y a quatre ans. Paris a des reflets intimes qui me rappelle les trottoirs d&rsquo;Orl\u00e9ans. Il me souvient que nous aimions avoir froid pour nous tenir serr\u00e9s un peu plus \u00e0 chaque instant. Il me souvient que nous redoutions le printemps et l&rsquo;\u00e9t\u00e9 qui nous sortiraient de nos escapades d&rsquo;amants. Et ce fut vrai. Et ce fut encore plus violent.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>O\u00f9 que tu sois, quoique tu lises en d\u00e9couvrant cette lettre, je veux que tu sois s\u00fbre que de toutes les r\u00e9solutions que je ne prendrai pas, celle de te conjuguer au pass\u00e9, celle de t&rsquo;\u00f4ter de mon pr\u00e9sent, ne sera plus jamais. J&rsquo;ai encore feuillet\u00e9 ces pages, effleurer la tranche de ce livre en me le demandant. J&rsquo;avais encore des doutes mais l\u00e0, d\u00e9finitivement, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;abandonner notre intime \u00e0 cette essence de moi que tu aimais tant.<\/p>\n<p>Je te laisse sur ces lignes et j&rsquo;esp\u00e8re que ton image grav\u00e9e ainsi en fera autant.<\/p>\n<p>Et m\u00eame si je nous mens.<\/p>\n<p>Samuel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre \u00e0 Louise, Paris, 4 Janvier 2010 Louise, Ca faisait longtemps que je n&rsquo;avais pas pris le temps de t&rsquo;\u00e9crire, ni m\u00eame de chercher \u00e0 savoir ce que tu deviens. Cela se compte maintenant en ann\u00e9es s\u00fbrement. Je ne sais pas pourquoi, cela s&rsquo;est produit, et je ne saurais t&rsquo;expliquer pourquoi je n&rsquo;ai jamais su [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[19],"tags":[20],"class_list":["post-84","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-epistolaires","tag-lettres"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p4SHRd-1m","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=84"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=84"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=84"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ericlaugier.com\/web\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=84"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}