L'errance est mère de toute chose

et la vie n'a de sens que celui qu'on lui donne

Conditions des contestations

Que se passe-t-il en France depuis quelques années maintenant ? Difficile pour les gens de l’analyser car la contestation du système politique n’est pas unique ni nécessairement cohérente dans les solutions pour le refonder. Mais en réalité, son caractère multiple et insaisissable trouve son origine dans la manière dont le système politique contesté a récupéré les mouvements issus des prises de conscience et a noyauté les éléments de la contestation autant sur les formes que dans les objets. Si l’on veut y voir une lutte à l’ancienne contre un certain gauchisme qu’on veut teinter de rouge pour le discréditer, la réalité est bien plus complexe parce qu’agissant sur les gens en renforçant les individualismes au détriment de toute prise de conscience collective. Cette stratégie quoique basique (en même temps, il ne faut pas s’attendre à des choses très sophistiquées de la part de cerveaux limités qui ploieraient à la moindre réflexion dépassant en complexité la résolution d’une équation du second degré, voire de la règle de trois) est loin d’être ridicule puisqu’il ne faut pas sortir des grandes écoles pour savoir que chacun juge de ses combats au travers de sa subjectivité et des barrières qu’il rencontre pour assouvir ses aspirations personnelles. Dès lors en noyautant à la racine tout mouvement d’opposition, l’inscrivant dans des subventions teintées de bonnes intentions et en laissant croire que le côté difficile de la conduite de ses luttes est inscrit en temps long, en privilégiant l’action corpusculaire et non coordonnée, il n’est pas très difficile pourvu qu’on prenne un peu de distance de voir à quel point ces formes de luttes sont confortables pour le système en place. Le second paramètre de la stratégie de sape d’opposition consiste dans cette société contrainte à faire reposer les stratégies de survie sur des moyens venant des éléments instituant cette logique de survie. Dès lors, la boucle est bouclée et les petits individus ayant exclusivement l’altruisme indexé sur la remise en cause de tout sauf de ce qui leur apporte leurs conditions de survie, on obtient un système résolument parfait dans sa vocation à l’immobilisme, peu importe la contrainte et la pression que l’on peut exercer sur les agents de ce genre de système. À partir de ces deux points, il est possible relativement rapidement de prendre conscience de la tutelle sournoise qui opère sans même qu’il soit nécessaire de faire beaucoup d’efforts pour la faire tenir puisque le système fait en sorte d’engendrer par construction la confrontation de groupes en opposition mais n’ayant aucune intersection ou plus exactement très peu. L’objection entendue le plus souvent pour dénoncer la non pertinence de cette analyse est le fait que dans un monde hyper-connecté, ceci est impossible. Sauf que. L’analyse des réseaux relationnels montre que quelle que soit la forme qu’ils puissent avoir, il est un caractère qui passe inaperçu car il semble être non pas une idée farfelue mais tenir du bon sens : il s’agit de celui de la recommandation ou de « l’ouverture ». Cette ouverture est mal nommée car elle n’ouvre pas mais élargit la vision des moyens pour atteindre les mêmes buts ou des objectifs en proche proximité idéologique. Il ne s’agit dès lors, moins de confronter que conforter chaque individu
dans son entre-soi. De ce fait, la contestation peu importe son objet trouve paradoxalement aux yeux de ceux qui la portent, une validation car le monde de l’entre-soi va bien entendu la valider et donner une illusion d’importance numéraire mais échoue à rencontrer le lieu de débat et de confrontation frontale dont elle pourrait se nourrir pour viser à atteindre la légitimité nécessaire et préalable pour toute action légiférante. Faut-il s’en étonner ? Bien sûr que non. C’est par construction que ce lieu de débat est confisqué à la plupart pour rester l’apanage de quelques-uns. Il est confisqué de multiples manières dans l’aspect temporel, localité et informationnelle. C’est un constat mais dans notre construction sociétale, où se trouve le temps réservé nécessaire pour la participation au débat, où sont les moyens en termes de lieux physiques ou numériques, où sont les informations ? Se poser la question, c’est y répondre. Il n’y a pas d’obligation sur ces questions. On pourrait saluer certaines initiatives généralement locales qui tentent de palier à ces problèmes mais force est de constater qu’au motif d’une économie de la survie, on évite soigneusement de réformer le cadre pour y introduire des solutions. Pourtant même économiquement en termes d’activité, la mise en œuvre des moyens et leur entretien est une manne immense de services et de biens utiles à la respiration d’un système politique autant asphyxiant qu’asphyxié. Et ce sont des productions bien plus utiles, réelles et consistantes comparativement à d’autres activités dont le seul objectif est de prélever une valeur ajoutée sur une production déjà terminée et surexploitée et dont le seul moyen de rentabilité est de pousser à être généralisée pour obtenir un gain d’échelle. Cela dit, le gain attendu n’est pas dans le secteur économique mais bien dans la fait de donner les conditions de possibilité qu’une multitude puisse se diriger elle-même et transmettre ensuite la feuille de route à son pouvoir exécutif et législatif pour la mise en œuvre.

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