Aya – Chapitre 2

“Tu as déjà mangé ?” m’a demandé ma tante alors qu’elle entassait mes affaires dans le coffre de sa voiture.

“Moi, je n’ai pas eu le temps. Je suis venue directement en sortant du travail et je n’ai pas eu le temps de faire de commissions. Le frigo doit être un peu vide, si ma mémoire est bonne donc je te propose d’aller manger un morceau quelque part à l’extérieur… Cela te dit ?”

Avant tout, je dois dire que je ne suis pas quelqu’un très à l’aise avec les gens en général et il faut bien dire que le ton franc et direct qu’avait ma tante avec moi n’était pas sans enfoncer quelques “murs”. Dans le même temps, j’étais assez impressionné par cette quasi-absence de retenue, de temporisation dans la manière de s’adresser à moi. Certes, elle n’avait aucune raison d’être obséquieuse à mon encontre mais cela surprenait un peu. C’est pourquoi, je n’ai pas osé refuser son invitation malgré le fait que j’avais déjà mangé un sandwich durant le voyage.

“Tu préfères quoi ? Italien, chinois, japonais ? Burger ?”

“Je n’ai pas de préférences, je vous laisse choisir.”

A ces mots, ma tante freina brutalement et se mit en double file, en actionnant les feux de détresse.

“Que se passe-t-il ?” lui demandai-je car j’avais beau regardé devant comme derrière nous, je ne comprenais pas la raison de cet arrêt brutal.

Elle me regarda silencieusement et approcha son visage du mien à tel point que je fus obligé d’avoir un mouvement de recul.

“Juste un mise au point, Maxime… Ne me vouvoie pas. Je sais bien que je suis ta tante et qu’on ne s’est jamais vraiment rencontrés mais… Non… Mets de côté le vouvoiement s’il te plaît, c’est le meilleur moyen de me faire déprimer sinon. Compris ?”

Avec le peu de distance qui nous séparait, je pouvais très facilement voir que dans le fond de ses yeux, cette requête n’était pas une option mais plutôt une exigence. De plus, avec cette proximité, j’étais pour la première fois capable de sentir son parfum et pour être honnête, cela se révélait pour moi un peu déstabilisant. Nous ne nous étions pas embrassés sur le quai comme l’auraient fait tous membres d’une famille qui se retrouvent même après des années. C’était sûrement un peu de ma faute mais, à dire la vérité, je ne savais pas vraiment quelle contenance adopter.

“Okay.” ai-je fini par laisser échapper.

Ma tante recula et se redressa sur son siège.

“J’aime mieux cela. Appelle-moi Alice, je pense que ce sera le mieux.”

Elle coupa les feux de détresse et mit son clignotant.

Nous roulâmes durant une bonne vingtaine de minutes, en silence. Cela me parut assez long, à tel point que je crus un instant qu’elle avait totalement changé d’avis ou bien qu’elle avait oublié que nous devions aller manger quelque part. Mais je me trompais bien entendu. Elle choisit un restaurant japonais. Elle adorait les sushis et les makis, m’avoua-t-elle un peu plus tard.

Il était vingt-trois heures passés de quatorze minutes quand nous commandâmes nos menus.

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