L’instant de dire

Les jours peuvent paraître longs parfois. Je ne sais pas ce qu’il se passe vraiment. C’est un peu comme si le temps s’arrêtait, comme si le passé revenait à la surface pour prendre toute la place et te faire revivre tous les moments que tu t’es efforcé d’oublier. Chaque seconde, chaque minute revient avec la précision d’un présent auquel tu as tenté d’échapper. C’est comme cela, toutes les fois où tu te remets dans une position d’attente. Toutes les fois où tu te remets à nourrir l’espoir.

Mais l’espoir, dans l’esprit des gens, ce n’est pas quelque chose de contraint. Ce n’est pas quelque chose qui est sensée raviver les plaies. Et bizarrement pour toi, les deux sont associés. Je ne peux pas te dire comment, ni pourquoi. Je sais juste que ce que l’on ressent. Tu sais que je tiens à elles comme à toi. Je ne le dis pas forcément explicitement. Je n’ai pas envie de te faire, de vous faire porter le poids de mes propres dérives, celles que je n’ai pas soldées, que je ne solderai jamais. Il faudrait un miracle.

Est-ce de la peur…. Mais je n’ai pas le désir d’entendre un beau jour ce reproche, cette mauvaise raison qui fait que je me suis accroché à vous, à elles et à toi. Quand bien même peut-elle avoir un fonds de vérité, elle n’en reste pas que partielle, peut-être même mineure. Je falsifie les preuves même dans ma propre tête. J’essaie de changer la donne. Ce n’est pas juste pour faire jolie. J’essaie juste de remettre de la valeur sur les détails qui ont disparu.

Je me suis toujours demandé comment ça pouvait arriver. C’est vrai : c’est injuste de voir ce que les gens voient d’un événement qu’ils n’ont pas vécu, comment ils l’interprètent et comment au final ils t’octroient une vie qui n’est pas la tienne. Ils imaginent tes raisons et ils se fichent pertinemment au final qu’elles sont réelles ou inventées. Ils composent leur fiction. Ils te racontent. Jusqu’au jour où… Ca ne colle plus. Et là, ils ne remettent pas en cause la fable qu’ils ont composée. Ils se disent juste que c’est toi qui as débloqué. De toute manière, ce n’est guère étonnant, “tu” n’as jamais été très stable, “tu” as toujours été un peu perturbé. Quand ils y repensent, il y a des “tas de choses” qui le prouvent : des événements incompréhensibles, des phrases que “tu” as prononcées et qui n’avaient aucun sens. Pour eux.

Les jours peuvent paraître longs parfois quand on attend l’instant pour te dire qu’il y a eu une histoire et qu’il serait bien d’en écrire une autre : une où nous tiendrons notre place, chacun tenant celle de l’autre sans fantôme pour la troubler.

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