Rue Crimée. A deux pas du Cours Florent. Je passe devant quasiment et je me rends compte chaque jour que je n’y suis plus. Que les années ont passé et que ce n’est pas pour rien qu’il me pousse des cheveux blancs. Ce n’est pas une idée qui me préoccupe. Je constate seulement. Dans quelques mois, je referai une nouvelle fois mes cartons pour m’en aller. Déplacer le peu d’affaires dans un nouveau lieu. Ce qu’il me reste car la plupart, je les ai jetées. Je n’ai plus d’attache vraiment. Les attaches sont ailleurs. Et la vie m’emmène ailleurs. J’aimerais parfois que tu me donnes une raison pour arrêter cet exil. Mais comment parler d’exil lorsqu’on n’a jamais vraiment eu de maison. Même pendant ce court instant où l’on aurait pu dire que je m’étais installé, ce n’était qu’une illusion d’optique. Ce n’est pas ça qui me fait sourire. Ce n’est pas ça qui me fait rêver. Des rêves à moi, je n’en ai pas. Tu connais le refrain. C’est toujours le même. Et pourtant, on cherche des signes. Même toi, tu en cherches. Ce n’est pas qu’on ne sait pas où l’on va. C’est surtout qu’on ne sait pas comment. Là, maintenant, c’est comme ça et demain ? Demain, c’est loin. Sur les documents de prévoyance, j’hésite à mettre son nom. Je n’ai pas envie d’expliquer. Je n’ai pas envie de me justifier. Je sais pourquoi, c’est et ça restera comme ça. Ca me fait rire des fois car il y en a pour qui, ça leur fait penser à la liberté. La liberté de qui. La liberté, pourquoi. Pour juste histoire de dire… Moi. C’est un peu ridicule, non : tu ne trouves pas ? « Tu devrais en profiter parce qu’après… c’est plus la même chose… » C’est ce qu’ils te disent et toi, tu souris. T’aurais bien envie de leur dire que leur « après », c’est loin d’être le bagne… Et puis… Ils ne connaissent pas encore l’après de leur après. A ce moment, ils verront. Toi, t’as déjà « profité »… T’as fait défiler les jours à la vitesse des années, t’as enterré deux gosses avant même qu’eux n’aient ne serait-ce que l’idée de se marier.
Mais tout ça… Ce n’est pas bien. C’est juste parce que je suis anxieux. J’y suis pour rien et je ne devrais pas. C’est la deuxième. Je devrais finir par m’habituer. Mais bon… Il faut bien des constantes pour suivre la vie et marcher sur ses pas.