Je stresse. Je sais, je ne devrais pas mais que veux-tu ? Je crois que même si je le voulais, je n’arriverais pas à ne ressentir l’inquiétude. Des fois, je m’imagine ce premier jour. Je l’imagine en train de parler, de poser des questions improbables auxquelles, on est bien en peine de répondre.
Je sais, je n’ai pas à m’en faire. En fait, la logique voudrait que l’événement me soit complètement étranger d’ailleurs. Mais bon, c’est de la science-fiction, ça. On sait bien, toi comme moi, comment le film s’est déroulé, comment on s’est retrouvé, l’un et l’autre, spectateurs de nos vies respectives. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de gens qui se sont retrouvés dans notre situation. Peut-être que oui. Même si j’aime à penser que non.
Je souris.
Je viens de dire “notre” encore. Je n’arrive pas à dire : “Elle va t’en faire voir de toutes les couleurs…”… T’as remarqué ?… Je me suis repris l’autre jour mais c’est le “elle va nous…” qui est parti en premier… Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est comme ça… C’est ce qui sort de ma bouche et qui me sonne le plus “naturel”… Même si l’instant d’après, j’en viens tout de suite à me reprendre.
Des fois, je me dis qu’on est tous les deux dans la même ambiguïté. Le fait de savoir ce qu’on est l’un par rapport à l’autre, c’est le centre de gravité. J’en parlais l’autre jour avec “je ne sais plus qui”… Ce n’est pas tant que l’on attend rien de l’autre. Ce n’est pas tant que l’on cherche à “maîtriser” ces choses… Je crois que c’est juste qu’on découvre une autre manière de faire. Un truc qui ne ressemble pas à un jeu pour “duper” l’autre, lui “plaire” coûte que coûte… Non. On sait juste quand, la réponse va être dans les clous. On sait juste quand, elle ne le sera pas. Et après ? Est-ce si insurmontable ? Une fois que l’on a traversé deux fois de suites nos déserts respectifs, on sait bien que non. On ne mourra pas de ça, demain. C’est certain.
Alors je vais continuer à stresser même si ça n’a de sens que pour la plus petite partie de la terre qui puisse exister : l’espace qui nous sépare. Peut-être que ça ne mesure qu’un millimètre mais c’est sur cette distance que, je crois, j’ai encore ma plus longue route à tracer.