Mais pas que

“Tu n’as qu’à rester. Si t’as rien de prévu.”

Je souris. Non, je n’ai rien de prévu. Mais je n’ai pas prévu ça non plus. Ce n’est pas que je n’ai pas envie. Au contraire.

Oui, je n’ai qu’à… Rester…

Comment t’expliquer ce que ces mots provoquent en moi ? Le sens qu’ils prennent.

“Tu restes avec moi, cette nuit ?”

Ca n’a rien à voir, je sais. Tu sais d’où ça vient… C’est quasi-délirant. Mais c’est cela qui me remonte en mémoire. Cet instant dramatique où chaque fois, la scène se joue… Même quand il n’y a plus rien à jouer. Cette mémoire ne fait pas partie de toi. Elle n’est que la mienne et la mienne est embrouillée. Je connais les visages qui se cachent derrière les voix qui me reviennent, je reconnais l’intonation… C’est comme si j’entendais les choses au présent. Je déteste cette précision.

C’est là que je me dissous. Je m’évapore. Je disparais du monde des vivants. J’ai appris à revenir depuis le temps mais je fais toujours le chemin. L’aller et le retour… Avec la bouffée d’émotions contradictoires qui se déversent en une demi-seconde.

“Comme ça, tu pourras profiter d’elles plus longtemps… C’est toi qui vois.”

J’ai presqu’envie de te reprendre. D’elles, oui. Mais pas que.

C’est pas vraiment le sujet. C’est pas vraiment le moment. Est-ce que cela, le sera-t-il un jour ? Peut-être. Qui peut répondre ? Pas toi, pas moi. Pas elles. Pourquoi même se poser la question ?

On avancera un jour à découvert avec la route qui se tracera toute seule. Comme une grande. On n’aura plus à lui dire de tourner à gauche ou à droite… Elle pourra même aller pas droit. J’ai l’impression qu’on est tout près de l’endroit. Juste qu’on ne sait pas trop comment le décorer, est-ce qu’il faut laisser la porte ouverte ou bien fermer la fenêtre parce qu’on peut prendre froid.

Les choses ont tendance à devenir simples mais passer de l’une à l’autre, ce n’est pas franchement plus aisé. Y a pas que pour elle qu’il faudrait que ce soit la rentrée…

“Oui. Je vais faire ça… Je vais rester…”

Je souris toujours et toi, aussi. J’ai parfois besoin d’une boussole pour m’indiquer où est mon nord. Mais pas que.

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