Le destin est réglé, invariable, il fait entendre son métronome même aux oreilles des gens naïves qui de leur petite hauteur, croient encore pouvoir mener leur vie comme ils voudraient la faire résonner. Ces gens ne planifient pas la danse de leur vie. Ce n’est ni un tango, ni une valse qu’elles imaginent. Simplement, elles croient à l’impossible et quand leurs paroles trouvent le chemin de leurs lèvres ou bien de leurs plumes, c’est leur coeur qui trace chaque courbe, chaque plein, chaque délié telle une route qui serpente au milieu des montagnes ou au creux de leurs vallées. Les mots sont vains, plein de rêves désespérés. Ils sont comme les notes qui sonnent l’harmonique de la symphonie de l’ordinaire qui ne cesse de se jouer.
Je sais que tu te crois moins douée, moins courageuse, moins folle aussi que le genre de personnes que je suis. Je sais que tu comprends leur discours, que tu crois qu’il faut d’abord un plan pour être sûre avant de te lancer. C’est vrai que je n’ai pas ce souci, que je ne sais pas reconnaître ces embûches. Pour moi, elles ne sont que le témoignage de ces gens qui ont peur de s’exprimer, qui sont effrayées à l’idée de vivre une passion éphémère fichue de peines et pleurs pour lui succéder. Je ne peux pas nier que je ne suis pas tenté d’être l’une d’entre elles à chaque instant où le présent me laisse à penser que la seconde d’après sera incertaine mais faut-il céder devant cela ? Je te l’ai dit hier. Je ne veux pas planifier, je ne veux pas me rassurer sur l’avenir au cas où si je rencontre le bonheur avoir à m’interroger si c’est ma raison ou mon affection qui l’a soufflé. “Tout le monde ne peut pas faire ainsi…”. Je sais. Tout le monde n’a pas forcément le moyen de pouvoir s’extirper de leur réalité mais ont-ils au moins une fois essayé ? Et quand bien même l’ont-ils fait, quand bien même ont-ils été déçus, ont-ils pleuré, qu’ont-ils vraiment ressenti ? Qu’ont-ils gardé de cet instant de grâce ? Que donneraient-ils pour le retrouver et que savent-ils sur sa soi-disante brièveté ? Est-ce vraiment une fatalité ou bien un voile que l’on jette sur le tableau pour éviter de souffrir sa beauté ? Même les chaos, les incidents, les anfractuosités font partie de cette vie. C’est juste que l’on a fermé les yeux dessus, que l’on a su serrer les dents et agripper la main qui s’est tendue à ce moment : fut-elle la nôtre propre ou bien celle de l’ami qui est resté à nos côtés.
C’est de la poésie que ces gens attendent pour sentir le vent sur leurs visages, pour regarder le rivage qui s’offre à eux de l’autre côté. Les gens sont petites qu’elles restent les pieds ancrés à leur terre, fut-elle nourricière, fertile. Cette terre en garde un léger goût de rance, une odeur de formol. Les fleurs qui y poussent, ont beaucoup moins de couleurs et de parfum quand elles éclosent de ce côté.
Je sais. Je reste moi. Un mélancolique, un gars qui ne rêve pas comme les autres l’entendent. Un gars qui ne partage aucune vision de l’avenir pour servir d’appât, ni pour l’empoisonner. Je n’offre qu’un présent habillé aux couleurs de la seconde qui s’écoule, fût-elle vêtue d’un sourire, d’une grimace ou bien du verre de trop qui l’a saoulée. Je peux écrire des mots, décrire des paysages, inventer des fictions, imaginer des correspondances empreintes de passion ou bien de gravité mais je ne peux pas écrire la vie telle que je la veux vivre, telle que je crois que tu me la feras partager. Mes yeux m’aveuglent et les tiens aussi. Ils ne sauront jamais regardé autrement qu’au travers de la direction vers laquelle ils sont lancés. Alors s’il existe une fatalité, je pense qu’il nous reste encore le choix de la direction où notre regard est porté.