La vie sans le supermarché

Cette vie sent le supermarché quoiqu’on fasse ou qu’on en dise, elle ne sentira jamais autre chose parce qu’au final, même en tournant en boucle ou en se la jouant rebelle, on finit toujours par retomber sur elle, indécemment ordinaire mais finalement désespérément belle de ses banalités. On croit un moment qu’on va pouvoir y faire quelque chose, qu’on peut voler sans se rétamer la figure par terre, on croit à ces choses qu’on raconte dans les livres ou les contes, un peu la même histoire que celle qu’on regarde à la télé, le charme du désuet en plus mais rien de bien concret pour le différencier. On raconte les choses de tellement de manières, avec tant de mots plus ou moins adéquats, plus ou moins pensés, plus ou moins goûtés qu’on en oublie que c’est toujours la même ligne dessous, même si on voudrait que la nuance la rende à notre goût, qu’elle suive nos courbes et nos traits brisées. Regarde quand tu parcoures l’album de photos : qu’y vois-tu ? Des cris de joie, des rires, des pleurs, des portes qui claquent, des “adieux”, des “au revoir” et des retours en grâce, des bonjours qu’on réveille après des années de sommeil. Et après ?

Elle dit que si je veux, je peux prendre les couvertures posées sur le canapé du salon. Elle dit qu’elle me verra la semaine prochaine, suffit de faire un tour par chez elle. Elle me dit qu’elle veut faire de la balançoire avant de déjeuner et après le dîner. Elle me dit que sa frangine, il faut en prendre soin ou bien ne pas l’écouter. Elle me dit qu’il faut coucher bébé alors qu’elle est en pyjama. Elle me dit plein de choses et moi je ne sais rien lui répondre.

Elle raconte la vie telle qu’elle la voit, telle qu’on lui propose. Elle ne va pas inventer autre chose.

Cette vie sent le supermarché. On rentre dedans, il y a beaucoup sur les étalages et finalement, on ressort avec seulement les produits de première nécessité… On s’est déjà fait avoir plusieurs fois. Des fois, ça brille un peu moins, ça grince un peu aux niveaux des articulations, mais c’est adapté à notre usage et c’est là qu’on se rend compte qu’on s’y est attaché.

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