No comment

— Je ne sais plus le dire
A moins de murmurer
Je ne sais plus tenir
A moins de m’emmurer
De te laisser mentir
Faute d’avoir les mots
De t’enlacer au pire
Faute d’avoir ta peau

Et toi dans un soupir
Tu dis que je suis trop
Au fond de souvenirs
Qui tarissent tes eaux
Et à défaut d’y lire
L’impôt de l’impayé
Tu ne fais que maudire
La course du passé

— C’est qu’on ne s’écrit plus
Quand tes mains à mes reins
S’éclipsent pour des heures
Où l’on ne s’aime plus

Et toi, tu n’entends rien
A ces portes qui glissent
A ce parquet qui craque
Quand ton pas à nos lieux
Tu nous oublies d’en haut
Pour des nuits sans étoiles
Et des sons inaudibles

Et toi, tu ne vois rien
A ma peau qui s’embrume
A mes doigts qui vieillisent
Sous ton regard de feu
Quand d’un trait je te lisse
Nos plus tristes aveux

— Je ne sais que toucher
L’imparfait de ton corps
Je ne sais que jouer
Et me mettre en accord
Qu’importe les années
Quand au présent ne règne
L’arène de papier
Qui t’envole à la peine
De te revoir souillée
Au sabot d’un Silène
Aux rêves sabotés

Ne me dis pas je t’aime
Si l’océan est là
Dans ses vagues dégaines
Et ses bateaux au ras
Jette-toi au poème
Au vers qui rime en toi
L’instant sera le même
Mêm’si je n’y suis pas

— Ma plume raillée, soufflée
Et foulée par tout ce vent
Ne te donnera pas moins
Que la rime que tu cherches

Ce n’est pas ma rengaine
Que j’envoie à ton bras
Juste un peu de ce sel
Que tu sèmes derrière toi
Quand tourné vers le ciel
Tu la cherches ici bas
Quand ton voeu à l’ancienne
Te porte en son aile

— Je sais qu’elle est bien vaine
Cette envie de flafla
Qu’elle enfle aussi obscène
Que la douceur d’un doigt
Que la douleur est reine
Ici, où que tu sois
Ne m’en veux pas, je t’aime
Même quand je n’te vois pas

— Amour …
Je n’ai plus ce miel
Que l’on bordait d’étincelles
Quand aux matins sans gène
L’on s’enlaçait les veines

Toujours …
C’est d’un regard sable
Que je toise tes fables
Quand l’heure n’est plus de mentir
Pour t’empêcher d’y rev’nir

— Je n’ai pas de formule
Pas même une équation
Pour faire de nos cellules
Des ciels pleins d’horizon
Je sais, c’est ridicule
De vivre sans raison
D’offrir un pédoncule
Comme fleurs de saison

Mais embellir le son
Pour mentir aux nuages
Maquiller le brouillon
Pour en être l’otage
Tout ça n’est qu’au crayon
Et n’ôte pas l’ambage
Alors soyons fusion
Avant d’être rivages
Même si la passion
Se prend dans nos grillages

— Sauras-tu conjuguer
Mes plus folles virées
Sauras-tu embellir
Mes plus étranges dires
Puisqu’aux discours troublés
C’est ma voix qui se noue
Je n’en ai plus assez
De ce mot qui à nous
Ne sait articuler
Mon coeur bien trop fou
De tes mains, tes caresses
Qui le prennent sans cesse
Pour n’écrire qu’un tout

Je t’aime, tu le sais
Et l’océan s’ébroue
Il nous lèche les pieds
Nous rend un peu flous
Quand à l’aube il se tait
Nos gestes restent doux

— Tu m’aimes et je le sais
J’ai fait de toi mon tout
Quand mon premier est là
Que mon second y joue
Et mon dernier au quai
Egare son mois d’août
Ne te retourne pas
Mêm’si moi je le fais
C’est plus un imparfait
Qu’une histoire de goût
J’aime ce lit défait
Et bordé à mon cou
Ces mains qui ne font cas
De l’image en reflet
Qui emboîte mon pas
Les bourgeons ne fleurissent
Sur une terre sèche
Pas plus que ne s’unissent
Les flammes à leurs mèches
Faut-il jouer le drame
Lorsqu’il n’est pas écrit
Renier jusqu’à notre âme
Fair’ semblant de saigner
Pour croire à l’embellie
Si on se sait liés
Par un autre non-dit

— Ma main à tes cheveux
De batailles en batailles
S’enfonce à l’émail
D’un sort que tu connais
S’il s’est murmuré
Il faudrait l’avouer
Ce non-dit plaqué
Au bord de l’oreiller
Je m’en vais écouter
Tes paroles filées
Te laisser m’éclairer
Sur ce qu’il en est
Mais sans négliger
Les années, les enjeux
Et l’enjeu des années

Car l’ambage s’étiole
Et la queue se mord
Mais ne t’en fais pas
A tes lèvres plaquées
Je me ferai moins folle
Laisserai passer l’aurore

— Je ne demande pas
Que tu laisses filer
Les ailleurs qu’on voit pas
Là où peuvent porter
Nos mélodies de doigts
Nos gestes répétés
Je veux que tu nous laisses
Aller où l’on y croit
Sans une basse messe
Qui colle à nos parois
Sans nous laisser guider
Par l’espoir de ce nous
Qui nous fera chuter
S’il n’est fichu des boues
De là où l’on marcha
De là où l’on est né
De là où l’on naîtra
De là où la portée
Nous semblera au La
Au faîte de nos “étés”
Garde ça près de toi
Pour te servir de croix
Pour bien te réchauffer
L’enfer est dans nos pas
Si l’on n’est accordés

— Dans ce cas, partons
Au nom de ta passion
Allons brûler l’amer
Qui durcit nos artères
Jeter un peu d’encre
Sur ces feuilles froissées
Jonchant le parterre
De nos jardins charmés
Et briser aussi l’âcre
Des portes cochères
Qui bouclent l’avenir
D’un voile de cire

Mais …
Sans marcher trop loin
Pour mettre à l’enfin
Ces quelques rires d’enfants
A notre appartement.

Caelie & Tilou 
(septembre-octobre 2011)

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