Un jour, quand tu seras plus grande, j’essaierai de t’expliquer pourquoi, je suis là comme je suis. Un jour, j’essaierai de t’expliquer que même si certaines affections peuvent s’expliquer au travers de ce que d’aucuns appellent les transferts, ces espèces d’explication un peu bateau qu’on aime ressortir à table lors d’un repas de famille, histoire de faire intelligent, elles ne sont qu’une infime partie d’un tout. Je n’ai pas de doute sur le fait qu’un autre jour, tu entendras ça et qu’on te présentera cela comme la vérité à admettre pour me comprendre. Il y a peut-être une part de réalité… Mais ce n’est pas uniquement réductible à cela. Je ne nierai pas qu’après le jour où tu as débarqué qu’il y a eu une certaine confusion en moi et que je t’ai vue comme un piège autant qu’une porte de sortie. Je ne sais pas si tu seras capable d’entendre cela sans y porter de jugement. C’est un questionnement ordinaire, naturel… Il n’y a rien de bien complexe à comprendre. Et surtout, surtout, j’insiste aucune conclusion à tirer. Un jour, je saurais te dire que quand je te regarde, quand je te parle, je n’adresse pas à celle qui est derrière toi, le fantôme qu’on t’aura peut-être présenté pour t’expliquer que je ne te vois pas. Tout ceci, ce sont des bêtises, des manières de me nier. Ce ne sera peut-être pas fait avec de mauvaises intentions car tu verras plus tard que les gens passent leur vie à douter, à mentir sur les choses pour éviter de les affronter. Toi aussi, tu seras un peu comme ça. Il n’est guère d’exception au sein de l’humanité. Je ne leur en voudrais pas. Je n’ai jamais érigé de murs pour faire office de protection pour ça. Cependant, je ne dis pas que je n’ai pas été tenté. Un jour, donc, quand tu auras l’âge de te demander ce que tu es pour moi, si cela a un sens et pourquoi c’est comme ça : ce jour-là, je crois que je te répondrais peut-être avec un pied de nez « pourquoi pas ? »… Mais il ne faudra pas que tu t’y trompes, ce sera juste pour la simple raison que d’explication, il n’y en a pas. Il est des choses auxquelles il n’est en rien pertinent de trouver une raison et qu’il est encore moins utile de décortiquer. Mais je me demande encore pourquoi je t’écris ça… Tu l’as sûrement déjà compris vu que, quand tu manges le raisin, tu n’enlèves d’ores et déjà pas les pépins.