N’oublie pas les chrysanthèmes

Je ne l’ai pas encore jetée et je sais maintenant pourquoi. Cela n’a rien à voir avec une quelconque envie morbide. C’est juste que quoiqu’en disent certaines personnes, au delà d’une foi ou d’une croyance quelconque, j’ai toujours ce besoin de décence, ce besoin de réalité pleine et froide. Je crois aussi que c’est comme cela lorsqu’on ne possède rien pour se rendre sur un lieu bien précis, s’y recueillir et juste se vider la tête… Sortir cette affection qui est restée et reste toujours coincée dans ce coin de mes pensées. Cinq ans et l’on se dit qu’on ne devrait plus se lever le matin et l’avoir encore à l’esprit. Et pourtant. Il n’est pas un matin où cela me l’a fait. Et pourtant, je le voudrais. Enfin… Au moins voudrais-je n’y penser que pour le soulagement de lui dire qu’il reste encore quelqu’un sur cette terre pour qui ta mémoire n’est pas morte. Après cela, il ne faut plus y revenir. Je suis sûr qu’il/elle comprendrait.
Je sais que je te parle “chinois” quand je te dis tout cela mais que veux-tu ? Je ne te raconte pas tout cela pour que tu entendes quoique ce soit. Je n’ai plus personne à convaincre et je suis en train de reconstruire. C’est long. C’est difficile. Il fut un temps où les choses étaient complexes. Maintenant, elles marient la simplicité des sentiments avec l’espèce de boue épaisse et collante qui constitue mon antériorité. Maintenant quand on me pose la question, je trouve le moyen de répondre avec un ton qui, généralement, choque les personnes. Je n’ai pas perdu l’habitude de maquiller les endroits mouvants avec un sourire niais ou ironique complètement hors du propos.
Mais ce n’est même pas cela qui fait le plus mal dans tout ça. C’est surtout de voir que la plupart des personnes préfèrent le déni même quand ça ne les concerne pas ou plus. Y a peut-être encore une ou deux personnes sur cette terre qui ont décidé de me laisser le droit d’offrir ma minute à ce fantôme du passé. Et encore… Une seule ne me dira jamais que cela fait encore trop de bruit. Une seule personne qui sait encore que dans ce désordre émotionnel, il y a une once d’affectif qu’il ne faudra jamais soustraire à mes souvenirs. Une seule personne qui ne fuit pas l’écoute quand un flot continue de paroles plus ou moins équilibrées, plus ou moins parfumées à la mode de la grande déroute au bord de laquelle elle m’a ramassé. Tu m’as dit que j’étais coupable à l’époque mais pas sur les bonnes raisons. Je le sais. Ce n’était que les tiennes mais fallait que tu les partages et tu en fasses une vérité. Même la maladie n’expliquait pas tout. Même la folie. Tout cela… Ça ne changeait rien. J’avais ma part. Celle d’avoir laissé filer les mensonges. Celle d’avoir minimisé ce que certaines choses présentaient comme valeur à mes yeux. Coupable de m’être dit : “Pourquoi pas ?”.
Pour être en vie, il faut être deux. Autrement, tu ne sauras pas quand est-ce que tu es mort.
Au moins deux. Et encore, ce n’est pas forcément “ceux” que tu crois.
Mais…. Je crois que c’est le moment de se dire “au revoir”…. Peut-être “Adieu”. Bon anniversaire et n’oublie pas les chrysanthèmes si tu sais encore où il faudrait les déposer.

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